enfants prient
Prières

" Que Dieu nous fasse Saints, et vite ! "
Une expérience d’éducation spirituelle
au sein de l’Association - Mission Thérésienne
Par le Père Bruno THEVENIN

Si l’enfant doit imiter Jésus, c’est de l’intérieur, par l’Esprit. Il mérite qu’on lui propose les moyens d’une véritable sanctification.
Depuis plus de vingt-cinq ans que mon ministère me fait fréquenter les enfants, en vue de les aider à entretenir avec Dieu une relation filiale pleine de confiance, je n’ai cessé de réfléchir à la manière de les éveiller à la vie intérieure. Je crois que la manière d’éveiller les enfants à la vie spirituelle manque son but depuis longtemps. Ainsi l’écrivait déjà Henri Brémond en 1902, dans L’Enfant et la vie : " Chaque page du catéchisme, une fois comprise et retenue (devrait) rendre l’enfant et plus religieux et plus sage. En fait, comme chacun sait, il en va tout autrement. Les plus précoces de ces petits théologiens ne montrent pas toujours une âme plus chrétienne que leurs camarades… "

Il faudrait réfléchir à ce qui constitue l’ensemble de l’éveil et de l’éducation spirituelle de l’enfant. Brémond continue : " Nous voulons mettre notre élève en contact direct avec les réalités que ces doctrines représentent et le façonner à une manière de sentir qui corresponde à ces divines réalités. Je ne demande pas que, après m’avoir entendu, il me récite intelligemment sa leçon comme une page de géographie ou de grammaire ; mais je veux que, à mesure que je lui parle, un être nouveau entre dans sa vie, quelqu’un et quelqu’un qui compte, pas un passant frôlé dans la rue, mais une pensée, une puissance, une bonté toujours présentes… Par quel moyen mettrons-nous, je ne dis pas l’intelligence de l’enfant, mais l’enfant lui-même tout entier en présence d’une image, personnelle, concrète, vivante, de Dieu ?

Voilà le problème posé comme il faut. C’est l’enfant " tout entier " qu’il faut éveiller, éduquer et unir à Dieu. Il faut le faire vivre de l’Esprit de Jésus-Christ, grâce à une " transfusion " surnaturelle, par les moyens dont dispose l’Eglise. C’est un esprit qu’il faut donner, et pas n’importe lequel, mais l’Esprit de Jésus-Christ Lui-même.

Monsieur Olier commence admirablement son catéchisme lorsqu’il pose les questions suivantes :
- " Qui est celui qui mérite d’être appelé chrétien ?
- C’est celui qui a en soi l’Esprit de Jésus-Christ.
- Qu’entendez-vous par l’Esprit de Jésus-Christ ?
- Je n’entends pas son âme, mais le Saint-Esprit qui habitait en Lui.
- A quoi reconnaît-on qu’on a l’Esprit de Jésus-Christ ?
- On le reconnaît aux inclinations qu’on a semblables aux siennes, ensuite de quoi on vit comme Lui ".

Nous voulons que les enfants soient de vrais chrétiens, c’est-à-dire qu’ils agissent comme Jésus-Christ aurait agi dans les situations qui sont les leurs. Il faut donc que, comme le Verbe incarné, ils soient animés de l’Esprit- Saint. Cet Esprit Saint communiqué à l’Eglise s’appelle " la grâce ". Notre éducation religieuse des enfants aura ceci de particulier qu’elle aura pour but de les aider à se mettre dans les meilleures conditions pour recevoir la grâce.

Le prêtre, la mère, l’instituteur chrétien et le catéchiste n’éduquent pas l’enfant à la manière d’un professeur de gymnastique qui demande à ses élèves d’imiter ses mouvements. Cette imitation n’est qu’extérieure. Non, il s’agit d’une imitation de Jésus-Christ de l’intérieur par l’Esprit qu’Il communique à chacun de nous depuis notre baptême. Notre éducation chrétienne est fille de la grâce qui informe notre être naturel, le modifie intérieurement, à la suite de quoi, nos facultés et notre activité étant transformées, nous agissons comme Jésus-Christ.

Il faut donc voir, comme le disait Henri Brémond, quels sont les moyens dont nous disposons pour mettre au cœur de l’enfant cet Esprit Divin – avec lequel il coopérera volontairement – et qui le fera agir comme Jésus-Christ. Nous en avons choisi cinq. Nous n’avons pas choisi le baptême qui est le sacrement qui nous donne la grâce. Nous nous plaçons dans le cas de l’enfant chrétien vivant dans une famille chrétienne, animée de l’Esprit de l’Eglise qui demande qu’on baptise les petits enfants dès leur plus jeune âge.

Premier moyen : la communion et le sacrifice eucharistique

Le chrétien se nourrit par la communion fréquente. L’Eucharistie est le sacrement de l’intimité de la créature qui porte son Dieu, sacrement qui nous fait entrer dans les sentiments maternels de la Vierge Marie qui porte son Enfant. Il m’est arrivé de dire à des petites filles qui faisaient leur première communion à six ans : " Vous êtes les petites mamans de Jésus. La Vierge a porté Jésus dans son âme et dans son corps, vous aussi, vous portez Jésus ". Transcription pour les enfants de la parole du Christ : " Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, c’est lui mon frère, ma sœur, ma mère " (Mt 12, 50).

Thérèse de l’Enfant-Jésus exprimait la même pensée lorsqu’elle écrivait à sa sœur Céline : " Céline, si tu veux, convertissons les âmes ; il faut que cette année, nous fassions beaucoup de prêtres qui sachent aimer Jésus, qui le touchent avec la même délicatesse que Marie le touchait dans son berceau " (Lettre 101).

Dans l’Ancien Testament, Dieu se révélait comme Père qui porte l’humanité : " J’apprenais à marcher à Ephraïm, je les prenais dans mes bras… j’étais pour eux comme celui qui élève un nourrisson tout contre sa joue " (Osée 11, 3-4). Avec la Vierge Marie, avec saint Joseph, avec le vieillard Syméon, la vocation de tous dans l’Eglise, c’est d’être des Christophe, des porte-Dieu. Et comme le dit magnifiquement Péguy : " Il faudrait que les terrestres, il faudrait que les charnels, il faudrait que les temporels… de leur côté considérassent l’Incarnation… pour contempler Dieu du côté de sa créature… la créature accueillant son Dieu … " En communiant, le chrétien s’habitue à porter son Créateur et son Rédempteur en servante et en mère dans l’esprit de la Vierge. Cette vocation maternelle de porter l’Enfant-Dieu, vocation chrétienne, doit être donnée très tôt, même aux jeunes enfants.

La communion ne se sépare pas du sacrifice eucharistique qui est le premier moyen de sanctification. Ainsi nous le dit le Concile Vatican II : " L’Eucharistie est la source et le sommet de l’évangélisation " (décret Presbyterum ordinis, 5). Et Charles de Foucauld à l’abbé Huvelin ( 1er décembre 1905) : " Il faut continuer à faire passer la Messe avant tout ". Enfin l’abbé Edouard Poppe, jeune prêtre belge, mort à 33 ans, béatifié par Jean-Paul II le 3 octobre 1999, grand éducateur spirituel des enfants de la Croisade eucharistique, donne la raison la plus forte sur la nécessité de participer au sacrifice eucharistique : " De même que le sacrifice du Calvaire est le centre de l’histoire universelle, la sainte messe est le centre et la source d’énergie de toute notre vie propre et de tout notre système d’éducation ". Il faut faire participer nos enfants à la messe en leur faisant comprendre que le sang de Jésus-Christ est là pour les laver, qu’ils doivent recueillir spirituellement ce sang de Jésus et l’offrir au Père à la manière de Marie, archétype de l’Eglise qui prie et qui offre.

Deuxième moyen : le sacrement du pardon divin

Jean Gerson (1363-1429), chancelier de l’université de Paris à 32 ans, après avoir conseillé les papes et été le maître d’œuvre de deux conciles, a vécu les dix dernières années de sa vie sacerdotale dans une paroisse de Lyon, passant son temps à catéchiser et à confesser les enfants. Il disait : " Que l’on pense ce que l’on voudra, pour moi, dans ma simplicité, je juge que la confession, pourvu qu’elle soit bien faite, est ce qui dirige le plus efficacement vers Jésus-Christ " (Traité du devoir de conduire les enfants à Jésus-Christ). La simplicité de Gerson, nous aimerions l’avoir ! L’expérience sacerdotale nous oblige à y souscrire. " Les choses elles-mêmes m’ont instruit et ne m’ont pas appris à mentir ", disait Aristote.

Je ne compte pas le nombre de fois où j’ai vu l’enfant s’en aller en courant après sa confession. Qu’on ne nous dise pas que c’est " traumatisant " de dire ses péchés à un prêtre lié au secret. Le Christ nous dit le contraire et nous l’avons vérifié : " La vérité vous rendra libres " (Jn 8, 32). C’est parce qu’il se sent rendu libre que l’enfant court. On nous dit souvent qu’" il faut être à l’écoute ! " Le voilà le sacre-ment de l’écoute qui rend libre !

Je n’oublierai pas cette enfant qui, à la fin de sa retraite de confirmation vient me remercier en disant : " Je suis heureuse, parce que ce coup-ci, j’ai tout dit ! "

Troisième moyen : l’oraison

Nous l’appelons " prière silencieuse " pour les enfants. Il s’agit de s’ouvrir à la présence de Dieu par le silence. Nous disons souvent aux enfants qu’il n’y a pas d’amour sans secret, et qu’il n’y a pas de secret sans silence. Il faut faire de nos enfants les auditeurs attentifs de la Parole. Monseigneur Dupanloup, grand éducateur du XIXème siècle l’avait bien vu : " Entendez-le bien, tant que vous n’avez pas vu au catéchisme vos enfants prier, prier réellement ; tant que l’esprit de prière n’est pas descendu sur eux… vous n’avez rien fait encore. C’est quand ils prient et seulement alors que l’œuvre de Dieu commence à se faire dans leur âme ".

Nous avons fait prier cent, cent vingt enfants de 9 à 12 ans pendant cinq minutes, et nous avons obtenu un silence complet. Il faut voir les visages reposés de ces enfants, ruminant mentalement cet appel de l’Apocalypse : " Viens, Seigneur Jésus ! "

Il s’agit de les unir à une personne qui vient habiter chez eux (cf Ap 3, 20). Il faut qu’ils expérimentent petit à petit " qu’il n’y a de présence que celle que l’on se donne ", comme le dit Louis Lavelle dans " La Conscience de soi ". Il faut rendre possible l’intimité que Dieu veut établir avec nous. Il faut que nos enfants, avant d’entrer dans l’âge difficile de l’adolescence, aient fait l’expérience d’une réelle intimité à l’égard de Jésus-Christ. Il faut leur apprendre à mettre le pédagogue dedans, ou plus justement, à ouvrir la porte au pédagogue qui vient frapper à leur cœur : " Voici que je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi ".

Le tuteur est mieux placé dedans qu’à côté. Nous ne comptons plus les enfants qui, tous les jours, font cinq minutes, voire exceptionnellement une demi-heure d’oraison. Ceux-là iront loin, si l’on en croit ce que nous dit saint Vincent de Paul : " Donnez-moi un homme d’oraison, il sera capable de tout ! ".

Quatrième moyen : le sacrifice

Entendons-nous bien, pas de " petits sacrifices " comme on le disait autrefois. Non, le sacrifice au singulier ! Apprenons-nous à nos enfants que notre vie est offerte à Dieu et que l’Amour est l’union dans la ressemblance ? Nous devons leur dire : " Jésus est mort pour toi, à toi d’offrir tes peines, tes souffrances, ta maladie qui te maintient au lit pour quelques jours, pour Lui. Un jour, tu mourras, toi aussi, Dieu seul sait quand. Alors, à ton tour, tu lui donneras avec un grand amour ta vie comme il a donné la sienne à son Père pour toi ".

Voilà ce qu’il faut dire à l’enfant ; ce qui le place très tôt dans le Mystère Pascal, tel que saint Paul nous le livre. Il faut donner à l’enfant la révélation de tout le mystère chrétien en le mettant à sa portée, avec un vocabulaire qui soit le sien ou qui lui soit abordable. Il faut lui montrer l’amour qui animait les grands saints qui voulaient en tout imiter le Christ et qui – par grâce – lui offrirent leur vie, afin de rendre amour pour amour.

La petite Thérèse Martin, quoique enfant, en avait eu l’idée que nous retrouvons chez les grands saints, lorsqu’elle écrit : " Le martyre, voilà le rêve de ma jeunesse, et ce rêve n’a cessé de grandir avec moi sous le cloître du Carmel ". Une élève de 3ème m’écrivait : " Je me dis que si le Christ a donné sa vie pour moi, par Amour, est-ce que cela ne serait pas logique que je donne ma vie par Amour pour Lui ? "

Oui, c’est logique ! C’est la logique de l’Amour. Cette élève ne fait que dire, avec les mots dont elle dispose, ce que saint Paul de la Croix écrivait : " L’Amour est une forme d’union, où il s’approprie les tourments du Bien-Aimé ". Nous ne disons pas à l’enfant qu’il sera martyr. Nous lui disons que l’offrande journalière des incommodités de la vie est le sacrifice qui l’unit à Jésus et lui permet de rendre amour pour Amour. Cela n’est pas trop dur pour lui, si, petit à petit, son cœur a été préparé par la fréquentation de Jésus-Christ dans sa Parole et ses sacrements. Ce sont les adultes, qui ayant perdu pied avec le mystère chrétien, plaquent leurs propres difficultés sur l’enfant.

Le cardinal Newman, avec sa profonde expérience, savait bien que l’enfant entre de plein pied dans le mystère chrétien : " Nous savons par notre propre souvenir et par notre expérience des enfants, qu’il y a dans l’âme de l’enfance, aux premières années de son état régénéré ( par la grâce du baptême), un discernement du monde invisible dans les choses visibles, une réalisation de ce qui est souverain et adorable, une incrédulité et une ignorance pour tout ce qui passe et change " (II Parochial and plain sermons, VI, trad. Brémond).

Enfin cinquième et dernier moyen : la dévotion mariale

Marie est la parfaite réussite de Dieu. Le cas limite où la Rédemption a atteint pleinement son objectif. La Vierge Marie, parce qu’elle est toute sainte, est un modèle pour tous. En elle, se trouvent réunies à la perfection toutes les vocations d’une créature. Le désir d’imiter Jésus-Christ nous conduit forcément à la dévotion mariale, en sa dépendance puisqu’Il est Dieu et source de toute sanctification.

Que ce soit par les quinze mystères du chapelet – précis marial de l’Evangile – ou par le chemin de Croix, l’enfant qui médite le mystère de Marie unie à Jésus-Christ et la prie, trouve en elle un modèle à imiter et une mère qui l’introduit dans le mystère.

S’en remettre à sa mère du ciel (lui qui sait le prix de la protection de sa mère terrestre) pour le conduire au Christ, ne fait pour lui aucune difficulté. Au contraire, la tendresse maternelle de la Mère du Christ ne peut que lui inspirer qu’il y a une même sollicitude à son égard entre le ciel et la terre.

Voilà résumés les moyens que nous avons choisis pour faire naître chez l’enfant les sentiments qui furent ceux du Seigneur
Jésus-Christ lui-même. Ces moyens sont ceux de tout chrétien qui rend un culte à Dieu.
Rendre à Dieu, par le Christ, avec Lui et en Lui, le culte véritable, voilà le premier mouvement du cœur du chrétien. Il y en a un second : la sanctification.

Ce que nous allons dire suppose deux choses :
- que l’expérience spirituelle soit assez accomplie pour qu’elle ne puisse pas être confondue avec toutes les rêveries imaginaires qui pénètrent la pensée de l’enfant ;
- qu’une riche culture humaine, assurée par le milieu familial et scolaire, permette l’insertion de l’enfant dans la réalité du monde où il devra vivre et opérer sans cesse les discernements nécessaires afin qu’il ne se laisse pas gagner par un esprit contraire à celui de l’Evangile, mais puisse être le sel de notre terre.

Dans une seconde partie, nous aborderons de quelle manière nous avons choisi de développer dans le cœur de l’enfant la charité fraternelle, le sens apostolique, le service de l’Eglise.

Il suffit d’ouvrir notre Ancien Testament pour percevoir que les enfants et les jeunes ont une part non négligeable dans la réalisation du plan de salut divin.

Depuis Abel, qui préfigure Jésus, l’Agneau innocent, immolé, tué par son frère. En passant par Isaac, préfigure de Jésus portant le bois de son sacrifice, obéissant à son père qui l’accompagne en silence. Joseph, celui devant qui ses frères " fléchissent le genou " et qui leur assure la nourriture en temps de famine. La sœur de Moïse, sœur aînée qui sauve son frère qui lui-même sauvera son peuple de la servitude. Samuel, l’enfant-prophète. La jeune servante de la femme de Naaman le Syrien, apôtre du vrai Dieu chez les païens. David, l’enfant-oint, l’enfant fort de l’Esprit qui s’était emparé de lui. Le jeune Daniel, l’enfant-Sage.

Tous ces personnages de l’Ancien Testament nous révèlent que dans l’histoire du Salut, l’enfant a sa place. Le Christ même a pris l’enfant comme modèle de ceux qui accueillent le Royaume des Cieux : " Quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant, n’y entrera pas " (Lc 18, 17).

L’enfant peut être et doit être un moyen de sanctification pour ceux-là même qui le protègent et l’éduquent. Le concile Vatican II, dans le décret sur l’Apostolat des Laïcs (le 18 novembre 1965), nous dit : " Les laïcs rendus participants de la charge sacerdotale, prophétique et royale du Christ, assument dans l’Eglise et dans le monde leur part dans ce qui est la mission du peuple de Dieu tout entier. Ils exercent concrètement leur apostolat en se dépensant à l’évangélisation et à la sanctification des hommes… Insérés qu’ils sont par le baptême dans le Corps mystique du Christ, fortifiés grâce à la confirmation par la puissance du Saint-Esprit, c’est le Seigneur qui les députe à l’apostolat. S’ils sont consacrés sacerdoce royal et nation sainte (1 Pe 2, 4-10), c’est pour faire de toutes leurs actions des offrandes spirituelles et pour rendre témoignage au Christ sur toute la terre ".

Lorsqu’on dit laïcs, cela concerne aussi les enfants. L’enfant baptisé, a fortiori confirmé, a sa place dans la sanctification de ceux qui sont membres de l’Eglise comme lui. Dans l’Eglise, à la place qui est la sienne, il doit, lui aussi, travailler à la sanctification de tous les fidèles, à commencer par les membres de sa famille, ses parents, ses frères et sœurs et ses amis d’école ou de jeu. Il faudrait faire comprendre aux enfants qu’on a besoin d’eux, et que le Père veut qu’ils soient les petits collaborateurs de son Fils.

Ne disons pas qu’ils sont trop petits, trop faibles. D’abord parce que ce n’est pas vrai. Ils sont très capables de constance lorsqu’il s’agit d’obtenir la guérison d’une mère malade ou d’un autre enfant atteint de maladie grave. Ensuite, parce que la petitesse, en religion, n’est pas un obstacle , au contraire : " Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort " (1 Co 1, 27). Et aussi, " afin qu’il n’y ait point de division dans le corps ( et que le monde des enfants ne soit pas séparé du monde des adultes dans cette grande entreprise de conquête du Royaume des Cieux), les membres que nous tenons pour les plus faibles sont ceux-là qui sont les plus nécessaires " (1 Co 12, 22).

Avec les grands souffrants, peut-être les enfants sont-ils les premiers dans l’Eglise, à cause de leur petitesse, à pouvoir travailler à notre sanctification à tous. Comme il serait profitable à l’Eglise que nous soyons nombreux à écrire à nos enfants comme le faisait Léon Bloy, à la petite Elisabeth Joly, le 15 juin 1912 : " On t’a sans doute parlé de la Communion des saints, puisque c’est un article de foi, sans t’expliquer qu’appartenant à Jésus-Christ comme un membre essentiel de son Corps divin, étant, dès lors, non seulement participante, mais identifiée, c’est-à-dire Dieu toi-même en cette manière et Dieu rédempteur, il y a des créatures humaines, en nombre inconnu, qui dépendent de toi, devant être secourues par toi, Elisabeth, petite fille sans auréole… Je voudrais que tu le comprisses, ma petite amie, parce que ces pensées agrandissent le cœur " (Le pèlerin de l’Absolu, p. 1988-1989).

Vouloir le salut de nos frères comme le nôtre, voilà notre vocation à tous ; vocation que comprennent bien les enfants à condition d’ouvrir leur intelligence au dogme de la communion des saints.
Ainsi, l’association " Mission Thérésienne " s’est proposé deux finalités :
La sanctification de nos enfants – c’est le but de tout mouvement dans l’Eglise, en cela, il n’y a rien d’original
La sanctification de nos enfants obtenue de Dieu par la prière et les efforts librement consentis par les enfants, dans l’esprit de Thérèse de Lisieux qui est
"entrée au Carmel afin de prier pour les prêtres"
.
S’il peut paraître original d’avoir fondé un mouvement de spiritualité pour les enfants en vue d’obtenir la sanctification de tous ceux qui ont la charge de guider le peuple de Dieu, cela n’en est pas moins dans la plus constante tradition de l’Eglise. Saint Basile disait : " Il faut prier pour ceux qui président la Parole de Vérité ". Le catéchisme du Concile de Trente : " Les premiers pour qui nous sommes obligés de prier sont les pasteurs d’âmes ". Jean-Paul II, dans sa longue prière au Christ, le Jeudi-Saint 1982 : " Aujourd’hui, lorsqu’on dit : la communauté a droit à l’Eucharistie, il faut rappeler d’une manière particulière que Tu as recommandé à tes disciples de ‘ prier le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson ‘... Il faut donc – puisque l’Eucharistie est le grand don du Seigneur à l’Eglise – demander des prêtres, car le sacerdoce lui aussi est un don fait à l’Eglise… C’est bien notre problème. Il n’y en a pas d’autre qui nous concerne autant que celui-là ".

Ainsi, cette prière des fidèles pour leurs pasteurs répond à la demande de l’Eglise de tous les temps, et tout particulièrement au nôtre, quand le nombre de ceux qui se préparent au sacerdoce dans les séminaires a tant diminué depuis vingt ans. Nous pensons que l’enfant a sa part dans cette œuvre de rajeunissement de l’Eglise.

On nous posera cette question : " Celui qui a prié pour les prêtres et les séminaristes a-t-il plus de chances d’être appelé ? "
Probablement. Si, comme le dit Jean-Paul II, l’Eucharistie et l’appel au sacerdoce sont " le grand don que Jésus-Christ fait à l’Eglise ", Dieu n’accorderait-il pas ce don " à ceux qui le Lui demandent " ? 11, 13).

Notre foi va plus loin. Ce n’est pas à nous de choisir, ni d’avoir des vues sur tel ou tel : " nul ne s’arroge cet honneur, on y est appelé par Dieu, tout comme Aaron " (He 5, 4). Ce qui nous revient, c’est de prier et de faire de toute notre vie : prière, travaux, joies, peines, une offrande agréable à Dieu pour la cause du sacerdoce. Alors le Père des miséricordes ne restera pas sourd à l’appel que lui font nos petits et nos jeunes. Pour obtenir cette fin : la rénovation de l’Eglise par un sacerdoce saint, outre des moyens habituels (prière, constitution d’équipes, récollections), nous avons choisi des " parrainages ". Plus de 2000 séminaristes et prêtres sont pris spirituellement en charge par la prière journalière des enfants.

Les jeunes prêtres, les séminaristes, voire les supérieurs de communauté ou de séminaire nous écrivent pour demander qu’un enfant veille spirituellement sur eux. S’il s’agit d’un prêtre, nous donnons au prêtre et à l’enfant leurs adresses, s’ils le souhaitent. S’il s’agit d’un séminariste, nous lui donnons, quelques jours avant son ordination diaconale, le nom et l’adresse de l’enfant qui prie pour lui afin qu’il le prévienne lui-même. Très souvent, l’enfant est invité à son ordination, et c’est lui qui vient présenter les oblats au moment de l’offertoire de la messe.

Notre association veut travailler, avec d’autres, à renouveler la jeunesse du sacerdoce et des communautés ecclésiales, par des moyens spirituels d’abord. La vie chrétienne, c’est affaire de sainteté. " La sainteté est une aventure, elle est même la seule aventure. Qui l’a une fois compris est entré au cœur de la foi catholique… " (Bernanos : Jeanne, Relapse et Sainte).

Cette aventure sera celle des enfants d’aujourd’hui et du sacerdoce de demain !

Père Thévenin
drapeau france drapeau angleterre drapeau espagne drapeau polonais
Prière

sainte therese bordure
prière chantée
(MP3 - 1,6MO)

play