Extrait de Mission Thérésienne, numéro 25, Décembre 1999 - par Thierry SCHMITZ - Président de Mission Thérésienne
Il y a un peu plus de vingt ans, j'ai rencontré le Père Bruno Thévenin. Ce pèlerinage a été l'occasion de sceller une amitié durable avec lui.
Notre proximité géographique confirma rapidement notre communion spirituelle. Le mouvement de prières des enfants pour le Sacerdoce, déjà lancé par le Père en Normandie rencontrait un écho favorable.
Au début de l'année 1985, quelques familles se réunirent pour organiser un soutien matériel à cette œuvre de prière en faveur du sacerdoce : ainsi le premier Conseil de l'Association civile était né . Confection des statuts, dépôt en Préfecture, assemblée générale avec Monseigneur Tchidimbo, ancien évêque de Conakry, vont occuper notre première année.
Quelques années plus tard, le Père Thévenin m'entraînera sur les bancs de la Faculté de l'Institut Catholique pour entreprendre avec lui des études de Droit Canonique. Il est aujourd'hui Docteur. Il me faudra six ans pour obtenir les unités de valeur nécessaires mais l'impossibilité, faute de courage et de temps, de rédiger un mémoire m'interdira la palme de la licence! Ce parcours universitaire a permis de jeter les fondements de l'Association privée de fidèles, " Mission Thérésienne ", association Canonique, reconnue par l'évêque de Bayeux-Lisieux en 1992 et à nouveau en 1995. Ainsi, nous avions une place dans la cité comme l'Association Civile et désormais un statut canonique dans l'Église avec Mission Thérésienne. De même que le Conseil d'Administration de l'Association Civile m'avait fait l'honneur de me demander d'assurer sa présidence, de même le premier Comité Directeur de l'Association Canonique réuni à Lisieux le 30 mai 1993 me demanda d'en devenir le Modérateur.
Voilà résumée à très grands traits, l'histoire " juridique " des Associations qui conduisent l'œuvre des enfants et des familles au service du Sacerdoce. Comme dans toute œuvre bénie de Dieu, les tempêtes ne manquèrent pas sans jamais entamer la parfaite unité de nos associations. Le Père Thévenin dut déménager mais la petite Thérèse déléguera le Père Brottier pour l'accueillir en transit chez les Orphelins Apprentis d'Auteuil. Elle délègue ensuite sa grande amie, Jeanne d'Arc, car - signe incontestable de la Providence - c'est au 32 rue La Fontaine, dit Villa Jeanne d'Arc (une statue de la sainte coiffe l'immeuble) que l'Association pourra installer ses locaux et son conseiller spirituel.
Ce rapide résumé nous montre que, malgré notre petitesse (c'est très thérésien), notre mission de prier pour les prêtres, porte en cette aube du troisième millénaire une partie de l'espérance chrétienne. Je voudrais à ce sujet vous rappeler nos fondements " spirituels ", l'importance de notre prière pour le sacerdoce et le rôle capital en retour du prêtre pour nos familles :
C'est assurément sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus qui est la source et l'âme de notre œuvre. En effet, elle est entrée au Carmel afin de prier pour les prêtres et comme le rappelle le préambule de nos statuts canoniques, Mission Thérésienne trouve chez sainte Thérèse un modèle lorsqu'elle dit " au cœur de l'Eglise, ma mère, je serai l'Amour " et aussi " Céline, si tu veux, convertissons les âmes, il faut que cette année nous fassions beaucoup de prêtres qui sachent aimer Jésus ". Selon la pensée de la carmélite de Lisieux, il s'agit d'une prière discrète, fervente et de l'offrande de soi qui obtient de Dieu les prêtres dont l'Eglise a besoin. Mais le saint Curé d'Ars est aussi notre guide : " Tu m'as montré le chemin d'Ars, je te montrerai le chemin du ciel ". Vous connaissez peut-être cet épisode particulier de la vie de Jean-Marie Vianney, lequel, perdu dans les brumes du pays des Dombes, dut à la rencontre du jeune Antoine Givre de retrouver le chemin conduisant à sa nouvelle paroisse d'Ars. Cette rencontre constitue pour nous le signe même de l'aide mutuelle existant mystérieusement entre le prêtre et l'enfant.
C'est pourquoi le parrainage, par lequel un enfant ou même une famille, prend en charge dans la prière un séminariste, un prêtre, un religieux, une religieuse ou une vocation, a tant d'importance. Dieu a voulu - et l'Ancien Testament nous le rappelle avec l'épisode si émouvant du jeune Samuel - que ce soit la faiblesse qui confonde la puissance, et la prière du petit qu'est l'enfant qui sou-tienne l'œuvre divine par excellence qu'est le Sacerdoce. Ce parrainage spirituel, qui est la marque distinctive de notre mission, réserve au surplus des trésors de grâces qui doivent inciter tous nos amis à prendre en charge un filleul. Un témoignage personnel vous le confirmera. Mon épouse portait dans la prière depuis quelques années un jeune séminariste du diocèse de Paris ordonné en 1991. Il est venu dîner à la maison. Quelle découverte pour mes enfants de réaliser que ce Guillaume pour lequel la famille priait chaque soir était bien celui qui était présent… et quelle émotion pour lui !
Ce mouvement a cependant un caractère merveilleusement réciproque. Si le prêtre a besoin de la famille, celle-ci a aussi un grand besoin du prêtre. Il y assure une paternité toute spirituelle certes mais paternité bien réelle pour aider les parents à conduire leur " Eglise domestique " vers Dieu et le Salut. Cette mission, qui était exercée comme naturellement par les curés de paroisse, appelle d'autres solutions aujourd'hui, nos pauvres curés desservant souvent de nombreuses églises et s'épuisant à la tâche. Or, dans notre monde secoué, où la famille est l'objet d'attaques sans précédent, le prêtre a une mission essentielle pour aider parents et enfants à conserver, malgré péchés et faiblesses inéluctables, la connaissance et la poursuite du Vrai, du Beau, du Bien.
Il est bien sûr que si " c'est dans la famille où l'on s'aime, où l'on se donne à l'autre, où l'on se pardonne, où l'on croit, où l'on prie, où l'on a une confiance filiale en Dieu, et où l'on espère par delà les difficultés que l'enfant… peut s'ouvrir au mieux à cette vocation universelle à la sainteté à laquelle le Seigneur appelle tous les hommes " (extrait du sermon du cardinal Lopez Trujillo, Président du Conseil Pontifical de la famille à Lisieux, le 26 septembre 1999), le prêtre y a une place éminente pour donner le pardon de Dieu, enseigner l'Amour du Christ et conduire la prière. Et quelle grâce extraordinaire pour une famille lorsque le prêtre ami vient confesser tous ses membres et prier en action de grâce avec elle.
Voilà, Chers Amis, notre motivation à l'aube du troisième millénaire. Sacerdoce et famille seront sans aucun doute les enjeux fondamentaux des temps à venir, sainte Thérèse nous exhorte à vivre pour les âmes, à être apôtres, à sauver les âmes des prêtres. Et sa famille, que l'Eglise canonisera peut être un jour en son ensemble, nous appelle à " vivre joyeusement la sainteté au quotidien dans les circonstances ordinaires de la vie ordinaire " (Cardinal Trujillo).
Thierry Schmitz
Président et
Modérateur de " Mission Thérésienne "